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Bretagne Ultra Trail 2022 – 59 km / 1200mD+

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Bretagne Ultra Trail 2022 – ma video souvenir

Je m’étais promis de courir un 60km pour mes 60 ans, l’an dernier. L’idée, c’était de cheminer au rythme de 1km = 1 an. J’avais jeté mon dévolu sur le Bretagne Ultra Trail : la course a finalement été annulée en raion du COVID. Du coup, me voilà, la veille de mes 61 ans, au départ de cette course terre et mer de 59 km qui part de Locunolé, en Argoat, et se termine à Doëlan, en Armor.

Après une semaine d’intenses travaux (dépose et repose d’une toiture d’ardoise, déplacement d’une assez grande cabane en bois), je ne suis pas bien sûr de mon coup ce matin-là, à 9h30 sur la ligne de départ… les jambes sont bien entamée après 4 jours passés accroupi sur le toit de ma cabane!

Découverte du métier de couvreur d’ardoise

Mais le temps est splendide et j’ai tellement rêvé de cette « aventure de mes 60 ans » que je décide de prendre le temps de vivre pleinement cette longue journée de course. Pas d’objectif sportif précis, sinon d’essayer d’arriver entre 7h et 7h30 de course, ce qui implique de parcourir les 59km et 1260m de dénivelé au rythme de 7mn10-7mn20 par km.

Dossard 501 au départ

La première partie est une boucle de 7km qui nous permet de découvrir la petite rivière l’Ellé et les célèbres Roches du Diable. Dès le départ, ça descend et ça monte tout le temps. Le temps est ensoleillé et un peu frais, les jambes sont, elles-aussi, encore fraiches, et le paysage est magnifique. Je prends quelques photos et video souvenir en tâchant de ne pas gêner les autres coureurs qui sont encore – c’est le tout début de la course – en file indienne dans des « single tracks » assez techniques, escaladant même quelques rochers.

Petite boucle autour de Locunolé, le long de la rivière Ellé
Les Roches du Diable
Escalades des Roches du Diable

La suite de la matinée se déroule dans des paysages typiques du centre Bretagne : forêts, landes, prés, chemins creux où poussent fougères, jacinthes des bois, bugles rampants. Nous croisons pas mal de petits ruisseaux encaissés dans des vallons rocheux. De nombreux specateurs sont égrénés le long du chemin et dans les petits hameaux que nous traversons et nous encouragent. Il commence à faire assez chaud, même dans les sous-bois, et me voilà déjà en transpiration.

Mystérieuse forêt

15km/15ans, l’âge que j’avais quand j’ai découvert le numérique, et commencé à apprendre à programmer.

Le peloton s’étire, et je me retrouve de plus en plus souvent seul ou avec seulement un ou deux coureurs. Du coup, je m’applique à faire attention aux balisages, de petits signes BUT qui nous indiquent régulièrement dans quelle direction est notre BUT. Bien m’en prend : je vois un petit groupe loin devant moi qui revient sur ses pas : il avait dû prendre un mauvais chemin.

Le BUT… c’est par là

19km/19ans, l’âge de ma rencontre avec Valérie, avec qui je suis marié depuis presque 38 ans. Valérie m’a gentiment déposée pour le départ à Locunolé. Elle va passer la journée à Pont-Aven, visiter le musée de peinture, et me récupérer à l’arrivée à Doëlan. Je lui envoie consciencieusement un petit SMS tous les quelques km, pour la tenir informée de ma progression et de mon heure probable d’arrivée. Elle m’envoie de gentils encouragements en retour.

Je veille à boire et m’alimenter régulièrement, la route sera longue avant l’arrivée. Je déguste avec plaisir mes barres de céréale préparées la semaine précédente. Avoine, banane, noisettes du jardin, cranberries séchées, sirop d’érable… Un délice pas trop sucré et parfaitement adapté aux longs efforts. Fidèle à mes habitudes, je zappe les ravitaillements en eau : j’en ai bien assez pour aller jusqu’à Quimperlé, et je prèfère ne pas m’arrêter trop souvent.

Les barres de céreale maison – voir ma recette… simplissime

27km/27ans, l’âge où Valérie et moi avons eu notre premier fils, Quentin. Je me souviens de sa naissance, de l’émotion ressentie alors… et je pense à notre petit-enfant qui devrait naître le mois prochain. Je pense à notre expédition en Écosse, quand je l’ai accompagné pour le Celtman, un ultra-triathlon dans des paysages fantastiques. Au moment où je pense à lui, Quentin est en train de faire la course cycliste amateur Liège-Bastogne-Liège. Plus de 10 heures d’efforts pour lui!

Le temps se couvre progressivement. Je parviens à Quimperlé vers 13h. Nous sommes au 28ème km, à peu près à mi-course. Il y a encore 31 km pour rejoindre l’arrivée, mais la plus grosse partie du dénivelé est derrière moi. Ma première hésitation d’orientation survient pendant la traversée de Quimperlé : à une intersection, ni signe, ni baliseur. Je m’arrête quelques instants. Suis-je en dehors du parcours? Mais voilà une baliseuse, gilet de sécurité sur le dos, qui arrive en trottinant : elle s’excuse d’avoir quitté son poste quelques instants pour ravitailler son collègue qui se trouve 100m plus loin. Je lui fais un grand merci, comme d’ailleurs à tous les bénévoles que je croise. Aucune course ne pourrait avoir lieu sans elles et eux.

Traversée de Quimperlé

Le premier raviltallement complet est juste après la traversée de Quimperlé. Là, je m’octroie 5 à 6 minutes pour refaire le plein d’eau. J’attrape deux mini-sandwiches jambon/gruyères qui me font vraiment très envie, et je repars avec quelques TUCs (pour le sel) et quelques morceaux de banane, que je mange en marchant, le temps de relancer la mécanique.

Les jambes commencent à être bien fatiguées, et je ressens des crampes qui commencent à poindre. Avec le temps qui s’est couvert, le petit vent qui s’est levé, et mon arrêt au ravitaillement, je commence à avoir assez froid. Bon. C’est le moment difficile qui arrive forcément sur un trail de cette longueur. Je me concentre sur le paysage et les pensées positives qui viennent au fil des km :

30km/30ans, naissance de mon second fils, Geoffroy. Aujourd’hui, c’est un adulte, trailer comme moi et adepte de courses en montagne. Je repense aux courses que nous avons faites ensembles, tour des dents du Midi il y a trois ans, trail des Glières l’an dernier.

35km/35ans, l’âge que j’ai eu — ou prétendu avoir — pendant plus de 20 ans.

Le parcours est devenu très forestier et descend peu à peu la rivière Laïta. Je perds le fil du temps et les kilomètres s’égrennent lentement. J’ai l’impression de ne plus avancer. En fait, je découvrirais après l’arrivée que mon GPS, peut-être en raison du couvert forestier et du temps nuageux, a perdu les satellites pendant plus de 30mn et a donc « oublié » un peu plus de 2km. Pas étonnant donc que j’ai eu cette impression de « sur place ». Mais sur le moment, j’ai plutôt la conviction que mon temps de course sera nettement plus long que ce que j’espérais. Dans ce momet contonneux, je continue à repenser à tous ces moments clefs.

36km/36ans, l’âge où j’ai quitté mon travail de professeur d’électronique et mes travaux de recherche sur les circuits intégrés, pour rejoindre une entreprise internationale de télécom. Je repense à tous mes collègues de l’époque, jeunes et enthousiastes chercheurs. C’est avec eux que je me suis mis à la course à pied… ce qui m’a conduit à faire mon premier marathon il y a presque 25 ans.

1997 – 2022 : un quart de siècle de course à pied

Soudain, le paysage se dégage. Après 5h20 d’effort, je suis enfin arrivé à l’abbaye Saint-Maurice. Je passe devant l’entrée de l’abbaye, puis devant la crêperie qui la jouxte. Après ces heures de quasi-solitude dans la forêt, il me semble qu’il y a vraiment beaucoup de spectateurs à cet endroit.

42km/42ans, l’âge où on m’a confié la direction d’un centre de recherche, que j’ai eu le bonheur de construire à partir de rien.

La Laïta vers l’Abbaye Saint-Maurice

Juste après le passage devant la crêperie Saint-Maurice, le parcours quitte soudain le bord de la rivière et attaque l’ascension d’un rocher par une triple volée d’escaliers, qui me font bien mal aux jambes. Ça commence à être vraiment dur dans les montées. Je m’aide de mes bras le plus possible, pour pousser sur les genoux et économiser un peu de force dans les jambes.

Les nuages se dissipent et le soleil réapparait. Finalement, on redescend le long de la rivière, et, peu à peu, le paysage devient de plus en plus marin. Les vasières et la végétation montrent que la marée remonte jusque-là. Les premiers mouillages de bateaux, et soudain, au loin, je vois une dune de sable, la mer et le port du Pouldu! Valérie m’a fait savoir par SMS qu’elle m’y attend au ravitaillement. Je ne comprends plus trop : j’ai l’impression d’avoir regagné du temps. En fait, la vue est trompeuse : soudain, je découvre un bras de mer sur la gauche, qui s’enfonce dans les terres et qu’il va me falloir contourner avant d’arriver au Pouldu. Le sentier passe en sous-bois et traverse une immense zone de floraison d’ail des ours. Quelle belle surprise !

48km/48ans, l’âge où j’essayais de monter une start-up sur le big data, après le plan de licenciement que j’avais vécu. Une parenthèse de deux ans, un détour imprévu mais heureux dans ma carrière, un peu comme ce détour que je viens de faire par rapport à la ligne droite.

Vue sur Le Pouldu au loin

Au ravitaillement, je me rends compte qu’il commence à faire très chaud et que je suis un peu déshydraté. Par contre, je n’ai envie de rien manger… un signe classique quand je suis en début d’hypoglycémie. Il me reste 11-12km de course sur le sentier côtier. Il y en a encore pour 1h20/1h30 d’effort. Pas de blagues : il faut se ravitailler serieusement. Je refais consciencieusement le plein d’eau et me décide finalement à m’alimenter avec du Coca, qui me fait envie. Dans ses moments, il faut savoir écouter son corps, et, moi qui ne bois jamais de Coca, je me décide à le tester. En fait, il passe très bien et j’en bois deux gobelets à la suite.

Ravitallement de Coca

J’échange quelques mots avec Valérie, qui m’accompagne en marchant sur quelques centaines de mètres pour le redémarrage. Je repars sur le sentier côtier. Tout à coup, je me sens bien mieux et me remets à courir sur la base de 6mn30 au km. L’effet du Coca? L’envie d’en finir? Les deux?

49km/49ans, l’âge où j’ai rejoint Orange pour prendre la direction de la recherche, début d’une nouvelle et passionnante vie professionnelle qui m’a permis de travailler au coeur d’enjeux humains, sociétaux et environnementaux du numérique, et de côtoyer des collègues passionné.e.s et adorables.

Bref, je profite à chaque instant de la magnifique vue le long de ce sentier, qui contourne de nombreux caps rocheux, et longe de belle plages de sable. La mer est couleur « bleu des mers du sud ». Je pense à Valérie, aux impressionistes, à Gauguin. Je m’arrête pour admirer la vue et un spectateur me propose de me prendre en photo.

Sur le sentier côtier entre Le Pouldu et Doëlan

Un dernière incursion vers les terres pour contourner un bras de mer, et me voilà sur le mignon petit port de Doëlan. Je franchis l’arrivée à 17h05. Valérie m’y attends. Je me sens bien, heureux du chemin parcouru en cette belle journée.

Arrivée à Doëlan

58km/58ans, il me manque 2km à l’arrivée pour atteindre mes 60 ans. Ça doit être les années COVID. Pas le courage de faire 2km de plus, je vais en rester là… jusqu’à l’année prochaine!

J’espérais terminer le Bretagne Ultra Trail dans un temps entre 7h et 7h30… mais la Bretagne c’est bien casse-pattes et finalement je finis en 7h35. Pas si mal. 192eme sur 297 classés à l’arrivée et 2eme M5H (les « Masters 5 » que nous sommes entre 60 et 64 ans), sur 14 M5H engagés, avec seulement 4mn de retard sur le 1er. J’aurais pas dû m’arrêter pour prendre plein de photos.

En fait, non. Je ne regrette rien : la qualité du moment vécu vaut bien toutes les victoires du monde.

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Bretagne Ultra Trail 59km – Le parcours

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