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Les 5 plus hauts sommets de Paris

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Et si on faisait les plus hauts sommets de la ville de Paris? Une idée original d’une amie, point de départ d’une belle balade de 20km qui nous a permis de découvrir des arrondissements que je ne connaissais pas bien. Pour faire cette ballade « au plus court » (14km), voir cette fiche parcours.

Je me mets à la recherche d’un peu de documentation avant de partir. Il n’est pas facile de trouver une belle carte topographique de Paris. Il y a tant de bâtiments et de rues sur la carte IGN au 25.000ème qu’on ne voit absolument plus les courbes de niveau. Finalement, je trouve celle-là… où la ville a complétement disparu. Ce paysage non urbanisé donne envie de faire un jour, en courant l’intégrale du « tour des crêtes » de Paris.


Carte altitude Paris (Source originale inconnue)

Cette@ carte nous permet d’imaginer le paysage que les premiers habitants du néolithique ont d’écouvert. Le cours de la Seine a en effet beaucoup changé depuis. Au milieu du Néolithique (de -6 000 à -2 200 environ), la Seine traversait Paris par un méandre plus accentué, entrant plus au nord à Bercy et sortant plus au sud à Grenelle. Son lit était beaucoup plus large et possédait de nombreux bras secondaires appelés paléochenaux, qui apparaissaient et disparaissaient en fonction des crues et des sécheresses. Le bras le plus important suivait alors le tracé des grands boulevards de la rive droite, au pied des collines de Montmartre, Belleville, Ménilmontant, les Buttes-Chaumont qui surplombaient donc, à l’époque, la paléo-Seine.

Ce système de paléo-chenaux est bien visible sur la carte géologique, qui nous permet aussi de voir que les plus hauts sommets de Paris, rive droite, correspondent à des buttes-témoin surmontées d’une couche de sables de Fontainebleau, restes érodés par la Seine d’une couche qui subsiste à beaucoup plus grande échelle, au Sud de Paris.

Carte géologique simplifiée de Paris, sans remblais ni alluvions (Source G. Mesnier, B. Cabanis)
Carte géologique simplifiée de Paris, sans remblais ni alluvions (Source coursgeologie.com)

On se souvient que les fouilles de 1991 sur le site de Bercy, à l’embouchure du bras courbe de la « vieille Seine », ont mis à jour les vestiges d’une occupation il y a environ 6 500 ans de chasseurs-pêcheurs d’un possible habitat lacustre. Le site révéla aux archéologues plusieurs milliers d’objets dont 6 pirogues de bois retrouvées dans un état exceptionnel de conservation, et exposées au musée Carnavalet.

Un petit tour sur mon site de cartes anciennes favori me permet de trouver une magnifique carte publiée en 1795 qui s’étend sur les environs de Paris. Elle a été numérisée, et ses 9 feuilles réassemblées en très haute résolution. Les ombrages donnent une très bonne idée des reliefs de l’époque et, surtout, on peut y découvrir mille détails.

Paris ses fauxbourgs et ses environs ou se trouve le detail des villages, chateaux, grands chemins, pavez et autres des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levez par le Sr. Roussel Capitaine Ingenieur, 1795 – Source David Rumsey

La carte manque un peu de précision mais Wikipedia m’apprend que les 5 points culminants de Paris se situent tous rive droite. Il s’agit, dans l’ordre d’altitude décroissant, de Montmartre (131 m), Belleville avec pour point culminant la rue du Télégraphe (128,5 m) ; de Ménilmontant (108 m) ; des Buttes-Chaumont (103 m) et de la Butte Bergeyre (100 m). Il ne me reste qu’à finaliser un itinéraire permettant de relier ces points hauts et, au passage, d’explorer quelques points d’intérêt, en particulier la section nord-est de la Petite Ceinture.

Le départ a lieu au Métro Belleville. Une première montée nous fait découvir le parc et le belvédère de Belleville  (Google Map). Nous atteignons notre 1er Sommet.

Panorama du Belvédère du Jardin de Belleville

Nous explorons le quartier, riche de nombreuses œuvres murales

Notre prochain objectif est le regard Saint-Martin (42, rue des Cascades), un des regards subsistant du réseau des eaux de Belleville, et son inscription que je m’essaie à traduire.

Magnifique plan du réseau des Eaux de Belleville

Nous empruntons la calme et verdoyante villa de l’Ermitage (dans ce quartier, une « villa » est une petite rue), puis visitons la cité Leroy, en guerre depuis 1993 contre des projets de démolition de promoteurs.

Nous nous dirigeons ensuite vers la rue du Rue du Télégraphe, ainsi nommée parce que, en son point haut. Son nom fait référence au télégraphe, anciennement situé à l’emplacement du cimetière actuel (au no 40), installé ici par Claude Chappe en septembre 1792 puis juillet 1793. Ce télégraphe communiquait avec celui de Montsouris et de la Pointe Saint-Eustache. Nous atteignons ainsi notre 2ème Sommet qui est le point culminant de l’espace public de Paris, mais nous ratons la magnifique plaque métallique qui célébre cette altitude record, et précise, de 128,508m. Nous sommes entourés d’immeubles, et il n’y a malheureusement pas de vue dégagée sur Paris à cet endroit. Il faudrait pouvoir grimper sur les deux magnifiques chateaux d’eau qui profitent de ce point haut.

Repère d’altitude du Télégraphe à 128,508m

Nous redescendons ensuite vers le parc des Buttes Chaumont. L’accès vers le tentant point haut que constitue le temple de la Sibylle, qui surmonte l’Île du Belvédère. Toute la zone est malheureusement fermée au public. Il s’agit de rochers de gypse, qui ont été recouvert par les créateurs du parc de ciment imitant une falaise. Le gypse, soluble, a commencé à se dissoudre, et des études de sol sont en cours pour voir si le problème pourra être réglé. Nous contournons par le haut du parc, atteignant ainsi approximativement notre 3ème Sommet.

Le temple de la Sibylle, surmonte l’Île du Belvédère.

Une volée d’escalier abrupt nous permet de gravir la Butte Bergeyre, petit coin calme auquel on ne peut accéder, sur 3 des côtés, que par des escaliers. Nous sommes accueillis par un nonchalant chat qui s’en va tout seul et nous débouchons sur un belvédère, avec un très beau point de vue inhabituel sur Montmartre. Un micro-jardin partagé surplombant un petit coteau planté de vignes donne un air champêtre à ce 4ème Sommet.

Un coup d’œil sur la carte de 1795 me fait réaliser que la butte Bergeyre forme un éperon à l’Ouest de la Butte de Chaumont. Là où nous sommes se trouvaient une grande quantité de moulins à vent, aux noms évocateurs : Moulin Maquereau, Moulin de la Caresse, Moulin de la Folie… Juste en dessous, se trouve un intrigant toponyme : un bâtiment « Combat de Taureau » se trouve sur une place du Bd du combat de Taureau. Une petite recherche me permet de découvrir qu’il s’agit d’une arène où, à partir de 1778, on donnait des combats d’animaux, deux fois par semaine. Interdites sous l’Ancien Régime mais pratiquées dans les Landes et en Camargue, les courses de taureaux se développent à Paris peu avant la Révolution Française qui, elle, va les légaliser en France. Le Bd du combat deviendra le boulevard de la Villette et la Place du Combat prendra en 1945 le nom du Colonel Fabien, colonel grand résistant et FFI mort au combat en 1944. Elle a toutefois gardé la forme ovale caractéristique d’une arène.

La Butte Bergeyre, éperon Ouest de la Butte Chaumont – carte de Paris de 1795

Nous nous dirigeons vers la Butte de Beauregard, d’altitude est plus modeste, dont le nom indique que la vue sur Paris est remarquable. Une itinérance nous fait découvrir une grande quantité de ruelles/villas, toutes aussi paisibles les une que les autres. Tout un symbole : la Villa du Progrés est juste à côté de la Villa de la Renaissance.

Après avoir sillonné le quartier, nous voilà au métro Danube, une station dont nous ignorions même l’existence. La place a un petit air de province : seule l’entrée du métro nous indique que nous sommes bien dans Paris.

Place du Rhin et du Danube

Nous nous dirigeons ensuite vers le Nord, pour rejoindre le chemin de fer de la petite ceinture. L’accès au 1er tronçon que nous voulions parcourir, celui du 2bis rue de l’Ourcq au 30 rue de Thionville est fermé le Lundi. Nous allons vers le 2ème tronçon du 177 avenue de Flandre au 95 rue Curial est ouvert et nous le parcourons, découvrant une petite gare transformée en café et de belles peintures murales.

Gare de la petite ceinture

Une fois terminée la courte promenade sur cette section de la petite ceinture, nous revenons vers le bassin de la Vilette, puis traversons le quartier de la Goutte d’Or pour entamer l’ascension du 5ème Sommet.de notre périple. La Butte Montmartre, avec ses 131m est la plus haute des collines de Paris. Nous visitons l’église Saint-Pierre-de-Montmartre, la plus ancienne église de Paris, construite au XIIème siècle. Son emplacement est clairement visible sur le plan de 1795, ainsi que les constructions, moulins, champs et carrières qui constituaient alors un petit village surplombant l’abbaye de Montmartre, qui a été détruite en 1794.

La Butte Montmartre – carte de Paris de 1795

Nous essayons de repérer le Parc de Belleville, notre point de départ que nous croyons repérer dans l’axe de la gare du Nord. Vérification faite au retour, c’est le cimetière du Père-Lachaise qui est dans l’axe de la gare du Nord ; le parc de Belleville est à sa gauche, et la Butte Bergeyre encore plus à gauche, cachée derrière les arbres.

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Nous redescendons tranquillement vers la gare du Nord. Ainsi se termine un périple de 20km, et seulement 250m de dénivelé positif. Je ne résiste pas à l’idée de le reporter sur la carte de 1795.

Notre périple des 5 plus hautes buttes de Paris, reporté sur la carte de 1795

3 commentaires sur “Les 5 plus hauts sommets de Paris”

  1. Frère Jean-Christophe de Nadaï

    Monsieur,
    Je vous remercie pour l’inscription latine, que je ne connaissais pas.
    Je vous en propose une traduction:
    « Fontaine s’écoulant entre les Clunisiens du prieuré Saint-Martin et leurs voisins du Temple, depuis trente ans négligée et pour ainsi dire objet de mépris. Alors, à frais publics, on l’a recherchée et fait revenir à grand soin depuis sa source même et ses rus, nous appliquant nous-mêmes avec zèle et cœur à pareille entreprise, de sorte que, nouvelle, et rendue, même au-delà, à son premier éclat et beauté, pour reprendre son emploi, non seulement d’honneur, mais de fort grand usage pour nous, elle recommença de couler en l’année du Seigneur 1633.
    Les mêmes travaux et dépenses communes ont été réitérés comme plus haut en l’année du Seigneur 1722. »
    Bien respectueusement et fraternellement,
    F. Jean-Christophe de Nadaï, op.

  2. Retour de ping : Yearbook 2023 perso - Nicopedies

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