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Une famille pendant la guerre de 1914-1918

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Ce 11 novembre confiné et pluvieux m’a donné envie de parler de la manière dont la guerre de 14-18 a durement touché une partie de ma famille. Sur l’ensemble de mes ancêtres paternels, de leurs frères et conjoints, il y avait dix hommes « en âge » de faire la guerre.

Et sur ces dix hommes, les statistiques sont terribles :

  • trois d’entre eux étaient réformés, Jules Paulian en tant que père avec 6 enfants à charge et les deux jumeaux Paul et Jules Trocquemé pour des raisons de santé (leur livret militaire mentionne une albuminurie, avec oedème des extrémités)
  • deux d’entre eux, André Paulian et Adrien Paulian, ont fait toute la guerre et sont revenus vivants.
  • et cinq d’entre eux, Louis Demassieux, Jean Demassieux, Jules Henches (mari de Valentine Demassieux), Charles Paulian (frère de mon ancêtre Jules Paulian), et Marc Trocquemé (frère de mon ailleule Suzzanne Trocquemé) sont morts pendant la guerre.

C’est donc exactement la moitié des hommes de la famille qui ont été emportés, laissant veuves et enfants. Cinq destins individuels au milieu des 1,4 millions de soldats français qui sont morts entre 1914 et 1918. Cinq histoires que, en ce jour de mémoire, je vais modestement essayer de retracer.

Jean Demassieux (1881-1916)

Né le 5 avril 1881 à Rosas, Espagne, de Louis Nicolas Demassieux et Sarah Clamageran. Il commence ses études à Alger où son père, militaire de carrière est en poste. Il fait « l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales » à Paris (promotion 1901). Engagé volontaire pour 3 ans en novembre 1901 pour le 46ème régiment d’infanterie, il est nommé caporal en mai 1902, et mis en disponibilité en septembre1902.

En janvier 1904, il part pour Majunga (Madagascar), où il devient sous-comptable, puis, en 1905, il s’installe à Tuléar pour la création d’une agence de comptoir d’escompte. En Aout 1907, après un voyage en Angleterre, il devient sous-directeur par interim de l’agence de Manajary, point de transit vers la région intérieure de Fianarantsoa, et dont la principale activité est le payement de poudre d’or aux chercheurs d’or. Il passe 6 ans à Madagascar au Comptoir d’Escompte, revenant en France en vacances l’été 1906.

Jean Demassieux à Madagascar vers 1905

Jean Demassieux épouse en 1911 Yvette Passy (mon arrière grand-mère que j’ai bien connue), puis emménage avec son épouse à Caen, puis Tourcoing.

Il part le 3 janvier 1914 pour la guerre comme sergent au 46ème Régiment d’Infanterie. Il participe à la bataille de Vassincourt (Meuse) qui a eu lieu du 6 au 12 Septembre 1914, pendant la bataille de la Marne. Il y est blessé deux fois et est porté disparu le 8 septembre 1914. Selon un jugement rendu le 30 avril 1920 à Paris, il est réputé décédé le 12 septembre 1914 à Vassincourt, à l’âge de 33 ans. Il reçoit en 1923 la Médaille militaire et la Croix de Guerre.

Yvette Demassieux, épouse de Jean Demassieux, avec ses trois enfants vers 1924

Son épouse, Yvette Demassieux, veuve à 23 ans, élèvera seule ses trois enfants et décèdera en 1994, 80 ans après son mari.

Jules Henches (1875-1916)

Lieutenant au 16eme Bataillon d’artillerie lors de son mariage en 1904 avec Valentine Demassieux. Femme de soldat, c’est son portrait qui est présenté ici.

Jules Henches part pour la guerre en 1914 comme Capitaine au 31ème Régiment d’Artillerie. Il combat aux Eparges et est cité à l’ordre de l’Armée et Légion d’Honneur « pour sa bravoure, son ascendant sur les hommes ». Nommé commandant en 1915 il combat à Verdun. Il est chef d’Escadron au 32ème Régiment d’Artillerie de Campagne à son décès. Il est tué pendant la bataille de la Somme par un obus dans son abris de combat le 16 octobre 1916 à 1km au SE de Combles (Somme). Il recevra la croix de guerre.

Il a écrit de nombreuses lettre entre 1914 et 1916, qui seront publiées dans un livre : Lettres de guerre, extrait de la correspondance du chef d’escadron Jules-Emile Henches, 1917, Cahors.

« au tréfonds de l’être, à des moments très courts, on se sent si faible, si misérable, si malheureux, si profondément malheureux de la fatalité qui vous tient là, qu’à moins d’être mensonger on ne peut tirer aucun orgueil d’avoir fait son devoir

Lettres de guerre, Jules-Emile Henches, 1917, Cahors.

« Les fameuses études historiques ne permettent à chacun que de développer ce dont il n’a nul besoin. Combien en ont tiré une notion suffisante de la force morale à la guerre (…) ? La seule chose qui compte pour qui risque sa vie, c’est le danger.

Jules Henches, à l’école de la guerre, p.155

Son épouse, restée veuve sans enfant, mènera une carrière d’artiste

Louis Demassieux (1888-1914)

Né le 6 août 1888 à Tunis, Tunisie, fils de Louis Nicolas Demassieux et Sarah Clamageran. Il passe le Baccalauréat « Latin-Science » à la Sorbonne en 1904, mention « assez bien ». Il fait son service militaire en 1908. Il rencontre au cours de ses études Nathalie Filatoff, préparatrice en Chimie, avec laquelle il se marie le 26 Aout 1909. Louis Demassieux devient Professeur de chimie à Cassel puis à Lille.

Louis Demassieux dans son laboratoire vers 1910

Il part sous-lieutenant à la guerre (31ème d’Infanterie) et est blessé le 24 août 1914 devant Noërs (près de Longuyon) lors de la bataille des frontières. Sa famille, n’ayant aucune nouvelle, lance des appels. Un témoignage le dit « blessé au ventre, adossé à un arbre et achevé par un Officier Allemand ». Il reçoit en 1923 à titre posthume la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre

Son épouse Nathalie Demassieux passera sa thèse de chimie et mènera une longue carrière de professeur de Chimie. J’ai raconté sa singulière histoire dans un autre billet.

Une stèle porte le nom de Louis Demassieux à Oratoire du Louvre (Temple protestant), 145 rue Saint-Honoré « Eglise réformée de l’Oratoire du Louvre Morts pour la France ».

Charles Paulian (1884-1915)

Né le 25 avril 1884 à Neuilly-sur-Seine, fils de Louis Paulian (Secrétaire Rédacteur de la Chambre des Députés) et de Louise Passy.

Charles Paulian est producteur de vin rouge et rosé à Oued Marsa (la maison Jumel et Paulian présente ses vins au Comice agricole de l’arrondissement de Bougie au Concours général agricole de Paris en mars 1908.

En résidence à Paris au moment de la mobilisation, il est incorporé en 1914 Caporal au 1er régiment du Génie. Il est affecté le 9 janvier 1915 à la compagnie 22/4 rattachée au 7ème Régiment d’Infanterie coloniale. Le 7ème R.I.C. défend Ville-sur-Tourbe violemment attaqué en mai 1915. Le village sera bombardé pendant plus de huit mois faisant de cet infortuné village une ruine sinistre parmi la floraison de ses vergers.

Charles Paulian est cité à l’Ordre de la Division par son courage, le 4 mai 1915 ; a donné au combat du 16 mai le plus brillant exemple, en entraînant un détachement de grenadiers sur les tranchées ennemies, où il fit de nombreux prisonniers. Il a été tué, le 22 mai 1915 au nord ouest de Ville-sur-Tourbe. La médaille militaire et la Croix de guerre (palme et étoile) lui ont été décernées à titre posthume.

Marc Trocquemé (1884-1915)

Né le 2 avril 1879 à Clairac, fils du Pasteur Paul Trocquemé et de Suzanne Roberty.

Ingénieur de l’Ecole d’Electricité de Nancy, où il bénéficie d’un prix « de bonne conduite » en 1894, à la fin de sa seconde année en section industrielle.

Engagé volontaire pour 5 ans le 7 novembre 1898 au titre des équipages de la Flotte, il est nommé quartier maître le 1er octobre 1900. Il servi sur les navires « l’Aube », « le Protet », »le Vaucluse » et le « Dupleix ».

Croiseur le Protet

Incorporé au 3eme régiment d’artillerie à pied le 3 aout 1914. Détaché à la société des grues à vapeur de Rochefort du 18 décembre 1914 au 20 Mai 1918. Mort de la Grippe Espagnole le 9 Décembre 1918 à 35 ans alors qu’il était caporal au 123ème RI. Inhumé au cimetière militaire de Rochefort, il laisse 4 enfants ages de 4 à 9 ans.

1 commentaire pour “Une famille pendant la guerre de 1914-1918”

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