Sur la formation des ingénieurs…

Étiquettes:
  1. A quoi sert une école d’ingénieur ?
  2. Importance de la recherche et de l’ingénierie pour l’enseignement
  3. Qu’est-ce qu’un ingénieur ?
  4. Quels ingénieurs former ?
  5. Dimensions du métier d’ingénieur : Compétences et Responsabilités
  6. Savoir, savoir-faire, connaissance et responsabilité :


A quoi sert une école d’ingénieur ?

  • A former des ingénieurs de haut niveau, capables grâce à une approche (et une formation) multidisciplinaire, de maîtriser l’analyse des besoins, la conception et le développements de systèmes complexes de production, transport et traitement de l’information en particulier au sein du domaine des télécommunications.
  • A mener une action de recherche appliquée dans le domaines des sciences de l’ingénieur . La recherche joue en particulier un rôle de médiation entre la recherche académique et les problématiques industrielles et est donc complémentaire de l’une et de l’autre.
  • A maîtriser les savoir-faire, techniques et méthodologies pour l’ingénierie des systèmes complexes de traitements de l’information afin de dispenser des enseignements de bon niveau dans ce domaine et de pouvoir valoriser dans de bonnes conditions les résultats de la recherche.

Importance de la recherche et de l’ingénierie pour l’enseignement

Le mot recherche est ici utilisé dans son sens habituel : production de science.

L’ingénierie est ici définie comme la capacité de concevoir et mettre au point des systèmes ; elle suppose la maîtrise et la pratique de techniques, d’outils et de méthodes pour le métier de l’ingénieur. A titre d’exemple, l’ingénierie de systèmes électronique suppose de connaître les techniques de développement sur les microprocesseurs actuels, de maîtriser les outils de CAO modernes tout en étant au fait des méthodologies de spécification formelle, de maîtrise de la qualité ou de gestion de projet… La maîtrise de l’ingénierie dans quelque domaine que ce soit suppose un investissement (en moyens humains comme en moyens financiers) important et constant.

Ingénierie et recherche sont complémentaires, comme le sont approche pragmatique et approche théorique. Dans notre pratique d’enseignant, de chercheur, comme dans nos relations contractuelles nous avons à l’évidence besoin de maîtriser, d’utiliser et d’enseigner ces aspects d’ingénierie. Sans vouloir opposer l’une et l’autre, il est important de positionner clairement une école sur l’importance relative qu’elle accorde à la recherche et à l’ingénierie (type de recrutement et de profils de carrière, investissements…).

Qu’est-ce qu’un ingénieur ?

Le dénominateur « ingénieur » recouvre à l’évidence une réalité complexe. La diversité de taille des entreprises (PME, grandes entreprises…), de la nature de leurs activités (production, distribution, vente, haute technologie…), de leur domaine (du génie chimique à l’ingénierie du logiciel), des fonctions occupées par les « ingénieurs » (encadrement, recherche, R&D, développement,…) est telle qu’il existe probablement autant de métiers différents que d’ingénieurs. Il est tentant de fuir devant une telle diversité pour refuser de donner une définition du terme « ingénieur ». Une telle définition, même imparfaite, constitue pourtant un préalable à toute réflexion sur nos enseignements. Le fait que le sens commun persiste à attribuer une signification au terme « ingénieur » doit nous rendre confiant sur le fait qu’il est possible de dégager au moins quelques caractéristiques communes aux différents métiers de l’ingénieur. Une définition pourrait être :

« L’ingénieur utilise de multiples connaissances pour résoudre de façon optimale les problèmes concrets à caractère unique dont il est responsable. »

  • il utilise un savoir généré par d’autres, même si, chemin faisant, il est amené à découvrir. Mais là n’est pas son but a priori. En cela il se distingue du chercheur.
  • les connaissances (au sens large : savoir, savoir-faire et méthodes) qu’il doit mobiliser pour réussir sont multiples et se situent dans des domaines variés. En cela il se distingue du spécialiste.
  • l’objet de son travail est de résoudre des problèmes à caractère concret. En cela il se distingue du philosophe.
  • les projets qu’il mène possèdent toujours quelques caractères de nouveauté. Il doit donc élaborer en permanence des réponses nouvelles à de nouveaux problèmes. En cela il se distingue du technicien.
  • enfin, confronté à un problème, il doit rechercher non pas une solution sans contraintes, mais la meilleure solution possible (la solution optimale). Il existe donc une fonction de coût à caractère économique (faire le moins cher possible), stratégique (terminer le plus vite possible), technique (être le plus performant possible), qui permet de déterminer la « qualité » de son travail.
  • il exerce à tout moment dans son métier un degré de responsabilité : choix techniques, gestion des projets, encadrement…

Quels ingénieurs former ?

Des ingénieurs de haut niveau, capable grâce à une approche (et une formation) multidisciplinaire de maîtriser l’analyse des besoins, la conception et le développements de systèmes complexes de production, transport et traitement de l’information sont aujourd’hui particulièrement recherchés par le secteur aval et seront à l’avenir la clef de la réussite industrielle de l’Europe.

Les corollaires sont de trois types :

  • concevoir la formation non pas comme la juxtaposition de « matières » mais comme l’intégration de savoirs, savoir-faire (etc.) dans une pratique professionnelle qui tiendrait plus de la systémique que de l’expertise. Il est clair que cette approche ne peut raisonnablement s’exercer sur l’ensemble des domaines de l’école ; elle ce doit cependant de couvrir plus que l’un ou l’autre des domaines actuels.
  • définir les « domaines privilégiés » dans lesquels pourrait s’exercer cette approche système. De mon point de vue, 3 ou 4 domaines peuvent se dégager : les grands systèmes logiciels, les systèmes de télécommunications et les systèmes matériels.
  • structurer l’enseignement autour de cette nouvelle approche.

Dimensions du métier d’ingénieur : Compétences et Responsabilités

Le métier d’ingénieur, comme bon nombre de métiers, possède deux dimensions complémentaires d’égale importance :

Compétence = Responsabilité

La compétence de l’ingénieur recouvre l’ensemble des ressources (techniques, méthodes, connaissances…) qu’il possède et qu’il va déployer pour faire son métier. Ces ressources sont la base de tous les cursus traditionnels d’école d’ingénieur.

La responsabilité de l’ingénieur est une responsabilité par rapport à la société humaine, à l’entreprise qui l’emploie et à l’équipe au sein de laquelle il travaille. Cette responsabilité s’exerce par le biais des choix qu’il est amené à effectuer dans l’exercice de son métier. Elle couvre les conséquences humaines, sociales, culturelles, et éthiques de ces choix. Responsabilité et autonomie son souvent confondue (à tort). L’autonomie est une simple compétence. La dimension de responsabilité n’est pas présentée explicitement (en dehors de clichés tels que « le haut responsable ») dans nos cursus.

Une réflexion importante doit être menée sur cette seconde dimension du métier d’ingénieur. Un ingénieur de haut niveau ne saurait être qu’acteur ; il est doit être amené à réfléchir sur son métier, sur les relation entre ingénieur et société (dans ses trois sens : société humaine dans son ensemble, entreprise et groupe de personnes). De telles réflexions, ainsi que l’exercice de toute responsabilité font à l’évidence une large place aux « valeurs ». Si cette dimension du métier de l’ingénieur devrait être explicitement présentée aux élèves, aucun « système de valeurs » ne saurait être privilégié par une école. L’exercice du libre arbitre demandant au minimum une connaissance de choix possibles (et d’enjeux), nos élève devraient être sensibilisés à ces problèmes. Cette sensibilisation pourrait alors prendre la forme d’un communication de l’école vers les élèves centrée sur l’ingénieur acteur et responsable plutôt que sur le manager mythique et mal défini.

Savoir, savoir-faire, connaissance et responsabilité :

Pour pratiquer son métier, l’ingénieur a recours à un savoir. Il peut avoir besoin des équations d’un transistor, d’un ou de plusieurs langages de programmation, de modèles économiques, etc. Pour utiliser efficacement ce savoir afin de résoudre des problèmes concrets, il a besoin de savoir-faire et de méthodes de travail. Comment modéliser un problème? Quels savoirs me seront utiles? Quelles hypothèses puis-je raisonnablement faire? Comment aborder ce problème? Quels pièges recèle-t-il? Au delà de ce savoir-faire, on peut probablement introduire un niveau supplémentaire : la « connaissance » au sens le plus fort, qui relie entre eux des savoirs dans une compréhension plus profonde du monde et de ses lois. Les savoirs élémentaires se trouvent dans toutes les bonnes librairies et un ingénieur de haut niveau est capable d’acquérir rapidement ceux qui lui manqueraient. Un certain nombre d’entre eux doivent à l’évidence être enseignés car il faut un minimum de savoir élémentaire pour pouvoir acquérir un savoir-faire. En revanche, les manières de résoudre un problème d’ingénierie ne sont pas formalisées : elles constituent une expérience, expérience qu’il faut acquérir. Si les savoirs élémentaires sont spécifiques de chaque domaine, les savoir-faire et les méthodes le sont beaucoup moins. Savoir-faire et connaissance, voilà un des enjeux réels auxquels doit répondre notre enseignement.

La responsabilité dont l’ingénieur doit faire preuve dans son métier, avec ses dimensions économiques, politiques, sociales, morales et éthiques peut-elle (doit-elle) être elle-aussi l’objet d’une partie de notre enseignement?

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