BALEINES CONTRE PHOQUES : 3 – 3

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(Edit 2021) Le texte ci-dessous a été rédigé en 1988, une époque où très peu de gens se souciaient de biodiversité. Le thème-même de la biodiversité n’est apparu dans les ouvrages « grand public » qu’à partir de 1990 (source Google Ngram Viewer)

Un petit soupçon d’optimisme sur ce thème de la biodiversité, globalement toujours désastreux en 2021 : suite à l’interdicion de la chasse aux baleines (moratoire décidé en 1984), de nombreuses populations de baleines ont pu croître de nouveau. La baleine à bosse dans l’Ouest de l’Atlantique Sud par exemple, dont la population, estimée à 27000 individus en 1830,  était descendue à 450 individus dans les années 1950. Une étude de 2019 indique qu’elle serait remontée à près de 25000 individus. Une lueur d’espoir dans un panorama très sombre de la biodiversité.

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Dans un élan de bons sentiments écologico-médiatiques, les grands networks américains sont sont apitoyés sur le sort de trois baleines bleues du pacifique coincées par les glaces quelque part en Alaska. C’est évidemment beaucoup plus intéressant pour le paysan du Middle-West ou le Golden Boy de Manhattan que les élections qui se préparent là-bas Et comme les bons sentiments s’internationalisent, on a même vu des images du drame sur nos chaînes de télévision…

Il convient cependant de mettre en face de ces trois malheureux individus l’histoire des déprédations commises par l’homme du XXème siècle envers la gente baleinière.

De 1945 à 1970 les baleines ont en effet été chassées avec acharnement, les espèces les plus intéressantes (pour leur taille) d’abord, tel le rorqual bleu (Baleinoptera musculus). De 200 000 individus avant la chasse, la population du plus grand animal ayant jamais existé (plus de 30 mètres de long et un poids pouvant dépasser 30 tonnes) est passée à moins d’un millier lorsque sa chasse a été interdite. Les baleiniers se sont par la suite rabattus sur le rorqual commun, puis des baleines de plus en plus petites, telles les baleines boréales et les cachalots, dont les populations s’effondrèrent rapidement. Alors qu’il y a moins de 20 ans, on tuait plus de 20 000 baleines par ans, l’argent dépensé pour en sauver 3 aujourd’hui ressemble beaucoup à l’expression d’une mauvaise consscience collective! Argent de plus fort mal employé, car la même somme affectée aux agences d’étude et de protection des baleines aurait sans doute contribué à en sauver bien plus que trois, mais cela eut été moins médiatique.

La recherche scientifique et les médias… un débat que la feuille ouvrira peut-être un jour. Quant à moi, je n’oublierai pas que trois chercheurs étudiant les colonies de phoques de la Mauritanie sont morts en travaillant, déchiquetés par une mine. Les média en ont à peine fait mention. Trois chercheurs, trois baleines, les médias ont fait leur choix…

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