Ordre 4

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Le texte suivant a été inspiré par la lecture de l’ouvrage Oulipo, la littérature potentielle édité en 1973 chez Gallimard. L’Ouvroir de la LItératture POtentielle (OuLiPo) propose des méthodes plus ou moins formelles nommées contraintes pour créer et transformer des textes, et ce dans un but de stimuler la créativité par la contrainte. Les productions les plus connues des membres initiaux de l’OuLiPo sont La Disparition, roman lipogramme de Georges Perrec, ou les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau.

Il faut bien avouer que la qualité littéraire des résultats est souvent décevante, mais les principes sont amusants à pratiquer. Le jeu littéraire proposé par OuLiPo me paraît plus jeu que littérature.

J’ai inventé une contrainte que je nomme Ordre 4, contrainte qui ne me semble pas figurer dans la liste des contraintes recensées dans l’excellent site Oulipo.net. Ce texte a été publié en 1981 dans le journal des élèves de Telecom Paris, le Coin.

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Est-ce-qu’il y a un lecteur qui peut comprendre la phrase suivante à la première lecture ? Je ne le crois pas. Et pourtant, elle possède une signification tout à fait simple.

L’individu, considéré en lui-même et jugé responsable moralement, qui détient la responsabilité d’agencer les actions de remettre les écrits formant un tout distinct pour constituer un ensemble cohérent, et de faire en sorte que la publication revenant à intervalles réguliers qui nous communique des renseignements sur la situation et sur les évènements arrivés récemment à la réunion (qui forme un tout) des personnes qui fréquentent la maison où nous est dispensé un enseignement et qui y sont employées, soit imprimée et distribuée, observe attentivement dans tous ses détails et dans tous son développement en longueur, avec la partie de son corps vivant qui a la faculté de percevoir la forme, la couleur et le relief des choses matérielles, une publication périodique comprenant dans sa substance des relations de faits réels ou imaginaires illustrés de figurations au crayon, à la plume ou au pinceau, de la forme (et éventuellement des valeurs de lumière et d’ombre) et de la couleur, représentant ces faits, et saisi par la pensée, interprète et considère les concepts, opinions et manières de voir les choses qui sont exprimées dans l’ensemble des termes qui constituent cette publication

Et pourtant. Et pourtant cette phrase n’est déduite de celle qui suit que par une transformation simple. Chaque signifiant a été remplacé par sa définition du P. L. I. (Petit Larousse Illustré) . C’est déjà beaucoup plus simple

La personne qui est chargée de coordonner la remise des articles et d’assurer la parution de la publication périodique qui donne des nouvelles de l’ensemble du personnel et des élèves de notre établissement examine dans toute son étendue avec ses organes de la vue, une revue contenant des récits accompagnés de dessins et prend connaissance des idées qui sont exprimées dans le texte.

Un peut plus clair n’est-ce-pas ? Mais nous sommes encore loin de l’original. Voici la primitive, toujours par la même méthode, de la phrase que vous venez de lire

Le rédacteur en chef du journal parcourt des yeux un illustré et prend
connaissance de son contenu.

Qui provient de

Dominique lit Fluide Glacial

Amusant. A vous de jouer maintenant A partir de n’importe quelle phrase simple, vous pouvez, en itérant plusieurs fois le procédé décrit ci-dessus, obtenir rapidement un résultat surprenant. Essayez donc avec la phrase

« Le chat mange la souris »

Ce jeu est d’ailleurs très instructif. On y découvre au fil du dictionnaire, des choses tout à fait amusantes. Par exemple que le mot « vert » est défini comme « couleur usuelle des plantes à chlorophylle » et que « chlorophylle » est décrite comme un « pigment vert contenu dans les chloroplastes »

Quelle est, à votre avis, la définition du mot « deux » ? Le successeur de un chez les entiers naturels, bien sûr. Allez donc voir la définition de « un ». Et ainsi de suite. Avez-vous déjà pensé que le dictionnaire ne défini rien de façon cohérente. Les cas de bouclage ne sont pas rares. Autre question que l’on peut se poser : comment peut-on comprendre une définition qui, par essence, n’est qu’approximative ?

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