En ce mois de juillet 2006, nous partons avec Quentin pour six jours de randonnée dans les Pyrénées. Nous avions découvert le massif en famille il y a deux ans, y enchainant des randonnées à la journée pendant deux semaine. Cette fois, ils’agit de partir en autonomie et de bivouaquer tous les deux. C’est pour moi (comme pour lui d’ailleurs) ma première grande rando itinérante en haute montagne.
L’itinéraire que nous avons préparé projette de traverser le massif du Néouvielle, puis de gravir successivement le pic d’Estaragne et le Campbieil, puis de poursuivre notre route en enchaînant trois grands cirques glaciaires des Pyrénées : Troumouse, Estaubé et Gavarnie.
Album photo complet (75 photos)
Traces Strava — 6 jours du 23 au 28 juillet 2006 — 105km / 6700m de D+.
- J1 – Luz-Saint-Sauveur — Refuge Packe
- J2 – Refuge Packe — val d’Estaragne
- J3 – val d’Estaragne — pic d’Estaragne — pic Campbieil — vallon Badet
- J4 – vallon Badet — cirque de Troumouse — cirque d »Estaubé
- J5 – cirque d’Estaubé — Saugué
- J6 – Saugué — Saugué Luz-Saint-Sauveur

Pour préparer cette aventure, j’ai créé la première version du fichier « Rando.xls » pour planifier ce que nous allons emporter et minimiser le poids de nos sacs. J’ai aussi étudié les éléments les plus importants de notre itinéraire (en particulier les parties en hors sentier), en consultant de nombreux Topos sur internet.
23 juillet — Départ de Luz Saint-Sauveur
Nous partons tôt le matin. Notre premier objectif est le col de Pierrefitte, qui va nous permettre de basculer vers le cœur du massif du Néouvielle.
Nous remontons d’abord le vallon de l’Yse. Après avoir traversé le ruisseau, le chemin passe entre deux granges puis remonte tranquillement dans les pelouses jusqu’à la cabane de Peyrefitte, dans un paysage encore très pastoral.


Nous nous arrêtons vers midi à Aygues Tortes pour le pique-nique. Le col est devant nous, surplombant le vallon.

Le sentier devient progressivement plus étroit mais reste bien marqué et, à mesure que nous prenons de l’altitude, La dernière partie monte en lacets. Nous traversons quelques raillères puis atteignons le col de Pierrefitte. Derrière nous reste le vallon verdoyant que nous venons de remonter. De l’autre côté, le paysage est tout différent : c’est la haute montagne, et le massif du Néouvielle. Trois cents mètres plus bas apparaît le lac de Rabiet, dominé par son refuge, et derrière lui commence l’univers beaucoup plus minéral du Néouvielle. Plus loin se succèdent les lacs de Couyéla det Mey et de Bugarret.

Nous descendons vers le lac de Rabiet. Le contraste est assez spectaculaire : vu du col, le lac paraît presque sous nos pieds, enchassé dans des éboulis rougeâtres-, mais il faut perdre environ 300 mètres avant de le rejoindre. La descente est longue et il faut vraiment très chaud.


Nous n’avons plus beaucoup d’eau et comptons en reprendre au lac. Mais nous n’avions pas réalisé que le sentier passe très haut dessus du lac, qui n’est accessible qu’en traversant un ébouli pas très praticable. Je dis à Quentin qu’on peut attendre d’être au refuge Packe car « il y a toujours de l’eau près des refuges ». Nous ferons donc la montée en ayant un peu soif, mais la perspective d’avoir de l’eau en haut donne des ailes à mon fils et il me précède largement en haut.
Nous atteignons le refuge Packe. Avec ses trois ailes disposées en croix et ses toitures en ogive, il ressemble assez peu aux refuges de montagne auxquels nous sommes habitués. Il y a deux randonneurs, qui nous indiquent qu’il n’y a pas d’eau ici ! Quentin a vraiment très soif : me voilà donc à redescendre en direction du Lac du Pourtet pour trouver un filet d’eau environ 200m en dessous du refuge, puis à la lui remonter.
Nous prenons enfin le temps d’admirer les lieux. Le refuge Packe est, après celui de Tuquerouye construit en 1890, le second qui a été bâti dans les Pyrénées. Il a été inauguré en août 1895.
Vers la fin de l’année 1895 un don de 1000 francs fut fait au Club alpin français par M. Packe, pour être affecté à des travaux utiles au Club, dans les Pyrénées. Cet Anglais s’était passionnément épris de nos belles montagnes depuis sa jeunesse et venait y passer chaque année la belle saison, étudiant la flore du pays, sa structure géologique et sa topographie. Quelques mois après, la direction centrale du Club attribua le don de M. Packe à la section du Sud-
Ouest du Club alpin, en y ajoutant une subvention d’égale importance, pour l’aider à construire un refuge sur le versant ouest du Néouvielle. <…>
Le point choisi fut le col de Rabiet, dépression importante de la crête reliant le Néouvielle aux montagnes qui dominent Luz, à l’orient, et qui fait communiquer le haut vallon de Rolou avec la gorge de Bugarret et de Brada. Le refuge a été construit sur cette arête, à une altitude de 2450 mètres environ. Les travaux, commencés en août 1895, furent terminés la même année, avant la mauvaise saison. Comme genre, la nouvelle construction rappelle Tuquerouye : c’est un abri en maçonnerie de chaux hydraulique, élevé en voûte ogivale formant toiture, recouverte d’un enduit imperméable de coaltar <…>Un chemin muletier a été établi jusqu’au refuge, qu’un piéton peut atteindre de Barèges ou de Luz en cinq heures de marche. Le site est grandiose. De la terrasse du refuge, le regard embrasse un panorama très étendu : vers le midi, le pic Long forme la partie la plus imposante du tableau ; plus loin, se profilent, par delà les gorges profondes de Brada, les cimes du mont Perdu, du Marboré, du cirque de Gavarnie et du Vignemale. Vers le nord se dresse le pic du Midi-de-Bigorre ; on peut même, par un temps clair, distinguer l’observatoire élevé sur son sommet. Comme point de départ, le refuge permet d effectuer en trois heures l’ascension du Néouvielle, et en quatre heures celle du pic Long; on est admirablement placé pour explorer l’intéressante région lacustre du versant occidental du massif.
La Nature : revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie : journal hebdomadaire illustré / rédacteur en chef Gaston Tissandier, 17 avril 1897 [voir sur Gallica]
De retour à la maison, mes recherches m’ont fait découvrir une magnifique gravure (probablement réalisée d’apès photo) datant de l’été 1896. Le cadrage et même la présence de deux personnages ressemble incroyablement à la photo que, 112 ans plus tard, j’ai faite exactement au même endroit.


En regardant ces deux photos, on remarque une différence importante : l’existence d’un grand glacier sous le Pic Long, glacier qui semble aujourd’hui réduit à un minuscule névé. Une petite recherche me fait découvrir qu’il s’agit du Glacier du Lac Tourrat, un glavier qui faisait 30ha en 1905, pour seulement 12ha en 1950, et 3ha en 2000. Une triste fin, parmi tant d’autre, d’un glacier pyrénéen.
Mais sur le moment, c’est d’eau et non de glace dont nous avions besoin. Une fois notre soif étanchée, nous repartons et descendont le vallon vers le lac du Pourtet pour poser notre bivouac à côté de la source où j’avais trouvé l’eau. Pendant la soirée, le temps se refroidira, nous gratifiant même d’une petite averse de grésil.

24 juillet — De lac en lac dans le Néouvielle
Nous repartons le lendemain matin de bonne heureNous gagnons le secteur du lac de la Glère, puis prenons derrière le refuge le sentier indiqué « Lacs du Néouvielle ».
Le spectacle ne vient pas d’un sommet particulier mais de l’ensemble du paysage : un univers austère de granite, de blocs effondrés, de petits vallons et d’eau. Le sentier semble nous conduire sans cesse d’une mare à un lac puis d’un lac au suivant. Nous passons notamment au bord du lac Det Mail, facilement reconnaissable à ses deux petites îles.


De là, nous quittons ensuite l’itinéraire principal pour descendre emprunter un thalweg qui semble aller dans la direction de la brèche de Chausenque, d’où nous espérons pouvoir basculer sur le sentier qui monte vers le Néouvielle. Mais nous nous perdons dans un dédale dans lequel nous ne trouvons aucun sentier ni même aucun cairn. Nous prenons alors sagement la décision d’abandonner le projet d’ascension du Néouvielle par cette face, et de revenir en arrière pour remonter vers la Hourquette de Mounicot, que nous atteignons vers 10h du matin. Dans la langue locale, une hourquette est un petit col, une échancrure dans une crête.
De l’autre côté s’étend un vaste plateau bosselé et érodé par la dernière ère glaciaire avec, en arrière-plan, la caractéristique silhouette du Pic-du-Midi-de-Bigorre. Nous apercevons une série de lacs, séparés par de vastes étendues de pierrier constitué de gros blocs de granit.

Nous devons traverser hors sentier ces pierrier pour rejoindre le chemin qui monte vers la hourquette de d’Aubert. De là où nous sommes, nous distinguons parfaitement ce sentier… mais le rejoindre via ces chaos rocheux s’avèrera très long. Nous passons un peu au dessus du Lac Estagnol et rejoignons -enfin- le sentier bien tracé qui monte à la Hourquette, l’atteignant vers 11h30.


Nous redecendons de la Hourquette d’Aubert pour passer entre les lacs d’Aumar et d’Aubert, puis nous remontons pour franchir le Pas du Gal, d’où nous découvrons le lac Cap de Long.


Nous franchissons le lac Cap de Long par le barrage et longeons quelques instants la route assez fréquentée en cette saison. Nous descendons encore un peu, puis quittons la route pour remonter le début du vallon d’Estaragne. Nous trouvons assez rapidement un très bel emplacement de bivouac.

25 juillet — Estaragne et Campbieil
Nous partons tôt et remontons le vallon d’Estaragne. Le début est presque trompeur : le sentier remonte tranquillement le vallon, à proximité du ruisseau, au milieu des pelouses.

Puis, vers 2400 mètres, le paysage change. Nous atteignons le rebord d’une grande cuvette jonchée de blocs. À notre droite se dressent les parois granitiques de l’éperon oriental du Grand Pic des Alharisés. Le sentier qui monte vers le col d’Estaragne se devine dans les éboulis.

Nous le suivons d’abord puis, vers 2650 mètres, quittons la direction du col pour prendre franchement vers le sud-ouest. Une sente cairnée remonte dans les gros blocs et les éboulis.

Vers 9 heures, nous rejoignons la large crête sommitale et, quelques minutes plus tard, le sommet du pic d’Estaragne (3006m). Le temps est splendide, et nous sommes seuls sur ce sommet. Je sors mon vieil EOS30 et commence à photographier le panorama.

Et surtout, depuis l’Estaragne, nous voyons parfaitement la suite du programme : il nous faut redescendre un peu puis prendre un sentier que nous voyons parfaitement pour rejoindre la crête qui monte sur le pic Campbieil.

Vu depuis Estaragne, le Campbieil peut paraître assez impressionnant. Sa face semble raide et la crête qui nous en sépare donne l’impression que nous allons devoir nous engager dans quelque chose de beaucoup plus sérieux.
En réalité, le passage ne présente pas de difficulté technique importante. Nous descendons d’abord du sommet vers l’ouest par une sente dans les éboulis. Pour remonter, je sais Merci Topopyrenées) qu’il ne faut pas prendre le sentier du haut – pourtant très bien marqué – mais celui qui est une cinquantaine de mètres en contrebas. Une trace assez nette permet de progresser à flanc avant de remonter vers la crête nord-est du Campbieil, que nous rejoignons vers 3060 mètres. Il ne reste alors plus qu’à suivre la crête. Nous atteignons une zone avec des plaques assez pentues et lisses, sur lesquelles nous devons progresser avec précaution pour ne pas glisser.
une sente dans les éboulis et nous arrivons sans réelle difficulté au sommet, que nous atteignons vers 10h du matin.
Là aussi, le panorama est immense. Vers le nord et le nord-ouest s’étendent le Néouvielle, le pic Long et, plus loin, le pic du Midi de Bigorre. Vers l’ouest apparaissent l’Ardiden, le Balaïtous, la Grande Fache et le Vignemale. Au sud-ouest, le regard rejoint le Taillon puis le massif du Mont Perdu. Vers le sud se dresse la Munia, à 3133 mètres.


Nous ne sommes plus seuls : d’autres randonneurs sont arrivés ici par la voie « normale », qui part du barrage de Cap-de-Long. Nous décidons de redescendre à la Hourquette de Cap de Long, où nous prenons notre pique-nique. C’est l’endroit le plus stratégique de notre périple : voulant rejoindre le secteur des cirques, j’ai repéré un itinéraire qui montre que l’on peut – en faisant attention aux barres rocheuses – descendre un immense éboulis pour rejoindre le vallon du ruisseau de Campbieil puis, de là, rejoindre le Port de Campbieil.

Nous nous engageons avec précaution dans la descente. Vu de haut, il n’est pas évident de répérer les barres rocheuses et nous tirons un peu trop à droite. Quentin nous remet sur la bonne route et nous finissons par passer sans encombre ces fameuses barres rocheuse. Nous entendons soudain des pierres dégringoler : c’est une troupe d’isards qui dévalle en quelques seconde la pente que nous avons mis une demi-heure à descendre.

Nous en avons enfin fini avec les éboulis, pour retrouver progressivement les pelouses. Nous manquons encore un peu d’eau et nous sommes heureux de retrouver un filet d’eau qui s’écoule au fond du vallon. Nous remontons ensuite vers le port de Campbieil (presque 2600m), puis nous redescendons 400m et nous nous engageons dans le haut du vallon Badet, où nous installons notre bivouac vers 16h sur une belle zone d’herbe rase bien verte.


Pendant ce début d’après-midi, les nuages ont fait leur apparition et le temps est maintenant menaçant. Nous sommes heureux d’avoir un abri, en prévision de l’orage qui semble arriver. La plui commence à tomber vers 17h. Nous nous réfugions bien au sec sous la tente. Mais nous réalisons rapidement que nous sommes dans une creux du terrain (d’où la jolie herbe rase et verte) qui commence à se remplir progressivement d’eau. Nous voilà en train de déplacer, en urgenceet sous la pluie, tout notre matériel vers une petite éminence où nous retrouvons un endroit moisn gorgé d’eau.
26 juillet — Cirques de Troumouse et d’Estaubé
Nous nous levons tôt et admirons un magnifique lever de soleil. Vers le Nord, le port de Campbieil et la face Sud des Pics de Campbieil et d’Estaragne prennent une magnifique couleur mauve de l’aube.


Nous atteignons la Hourquete de Héas, qui permet la communication entre le vallon Badet et le Cirque de Troumouse. La Hourquette est une petite échancrure dans une longue et spectaculaire crête acérée.

Dde l’autre côté de la Hourquette, nous découvrons le cirque de Troumouse, avec en arrièreplan le fond du cirque de Gavarnie. Un orage est stationné sur le Mont Perdu et nous avons même la chance de le voir surplmobé par un arc-en-ciel. Après les vallons relativement étroits du Néouvielle, l’espace nous paraît immense.

Pendant la descente du vallon des Aguillous, nous admirons les effets de sombre-obscur sur le secteur du Vignemale derrière le cirque de Troumouse ensoleillé.

Nous faisons ensuite le grand tour du Cirque de Troumouse, que nous connaissions pour l’avoir parcouru en famille il y a 3 ans. Nous nous arrêtons vers midi à l’Auberge du Maillet pour un repas assis tout à fait bienvenu après-ces quelques jours de nourriture spartiate.

Un peu plus tard, nous dépassons le lac des Gloriettes et découvrons l’entrée, particulièrement étroite, du cirque d’Estaubé. C’est le plus sauvage des trois cirques, car aucune route ne le dessert.


Nous installons notre tente pour la nuit dans le secteur d’Estaubé, avec une vue magnifique sur les deux cols qui permettent de passer en Espagne : le Port neuf de Pinède et la brèche de Tuquerouye.


27 juillet — De la Hourquette d’Alans à Gavarnie
Nous repartons tôt le lendemain. De belles lumières éclairent les sommets du Cirque d’Estaubé.



Pour passer d’Estaubé à Gavarnie, il faut franchir la crête qui sépare les deux cirques : la Hourquette d’Alans. Nous y découvrant la beauté du cirque de Gavarnie, avec une vue plus rapprochée de la spectaculaire Brèche de Roland.


Nous « enroulons » le cirque par sa corniche Est. Le chemin en bas est parcouru par de nombreux touristes, mais nous ne rencontrons personne avant de rejoindre le centre du cirque, avec sa Grande Cascade tombe du plateau supérieur avec plus de 400 mètres de chute.

En deux jours, nous venons ainsi de parcourir trois cirques voisins issus de la même histoire glaciaire et pourtant très différents. Troumouse est immense et ouvert. Estaubé paraît plus intime et encaissé. Gavarnie est avant tout vertical et monumental.
Notre plan intial était de remonter vers la brèche de Roland par l’échelle des Sarradets. Mais nous sommes un peu fatigués par ces derniers jours et nous décidons d’un commun accord de « zapper » cette étape et nous filons vers les Granges de Saugué, où nous avons réservé une nuit… ô confort absolu… dans un gîte.
28 juillet — Retour vers Luz-Saint-Sauveur
Nous nous levons une dernière fois très tôt, admirant le lever de soleil sur le cirque, alors que nous nous mettons en route. C’est une étape de liaison, pour rejoindre Luz-Saint-Sauveur et notre voiture. Nous descendons la vallée du gave de Gavarnie en suivant le GR10. Le parcours est moins spectaculaire que ces jours derniers, mais nos profitons de la traversée de ces forêts de montagne.
Une petite surprise nous attend, au détour du chemin. A Sia, nous voyons un panneau « gâteau à la broche de Sia » devant une maison en pierre. Nous ne connaissions pas cette spécialité du coin : nous entrons et admirons l’artisan fabriquer ce gâteau. Il vers à la louche une sorte de pâte à crèpes sur un cône qui tourne directement au dessus des flammes d’un feu de bois. C’est spectaculaire et nous voyons le gâteau prendre forme, couche après couche. Ça sent extrêmement bon !


Nous arrivons enfin à Luz-Saint-Sauveur, franchissant le beau Pont Napoléon, qui s’élance au dessus du Gave, et qui est un haut lieu du saut à l’élastiqe. L’arrivée devant l’église marque la fin de notre petit -mais inoubliable- périple. C’est certain, je reviendrais dans les Pyrénées.



