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Les moulins de Plouharnel

Sur la carte de Cassini, levée en 1789 et publiée quelques années plus tard (voir ci-dessus), Plouharnel compte deux moulins à vent. Mais qu’en est-il des années suivantes? Cet article essaye de collecter les informations sur les six moulins à vent qu’a compté Plouharnel.

Il faut dire que la Bretagne, à cette époque, compte relativement peu de moulins1Le moulin à vent en Bretagne, Louis Durand-Vaugaron, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1967 [lire en ligne]. Je me lance dans une petite séance d’étiquetage sur la carte de Cassini. À l’aube de la révolution le Morbihan comptait seulement 345 moulins à vent contre plus de 514 moulins à eau. La carte de répartition est intéressante : les moulins à vent sont concentrés sur les côtes et les marges orientales du département.


Moulins à vent (🟠) et moulins à eau (🔵) du Morbihan identitifés sur la carte de Cassini, 1789

L’article de Louis Durand-Vaugaron déjà cité indique que le nombre de moulins à vent a ultérieurement augmenté, pour compter 550 moulins en activité 80 ans plus tard, à la fin du second empire2Le moulin à vent en Bretagne, Louis Durand-Vaugaron, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1967 [lire en ligne]. L’arrivée des minoteries industrielles, mues par la vapeur puis par l’électricité signera peu à peu la fin de la plupart des moulins à vent.

On verra que l’histoire des moulins à vent de Plouharnel reflète bien cette histoire générale. La voici, du plus ancien au plus récent.

1. Le vieux moulin

« Er goh velin » : le vieux moulin était, comme son nom l’indique, le plus ancien moulin de Plouharnel. Il était construit avec la silhouette particulière qu’on retrouve dans de nombreux moulins bretons : la partie supérieure avait un diamètre plus grand que le socle.

Son existence est mentionnée pour la première fois en 15053Histoire de Plouharnel, des origines à 1946, Xavier Dubois, éditions du Menhir, 2019. Son ancienneté a fait de lui un élément structurant des chemins de Plouharnel. Le vieux Moulin se trouve en effet au centre de 6 chemins, qui le partent en direction d’Erdeven, du Cosquer, de Brenantec et le Henlis, de Plouharnel, de Kervizienne, et finalement de Kerberenne et Sainte-Barbe.

Le vieux moulin (🔴), un ancien « rond point » au centre de Plouharnel

Sa situation a proximité des alignements du Vieux Moulin fait qu’il a été abondament photographié.

Ces dernières photographies ont été prises plus tardivement : les ailes du moulin ont déja disparu.

La ferme du vieux moulin disposait d’un très beau puits. Une gravure de 1892 nous apprend qu’il était orné de bas reliefs.

Le vieux moulin cessera toute activité en 1906 et sera progressivement détruit entre 1912 et 1921.

2. Le moulin de Kergonan

Le moulin de Kergonan est représenté par une magnifique photographie avec une légende quelque peu erronée (le moulin de Kergorlan), dans l’ouvrage de 1892 Paysages et monuments de la Bretagne : Morbihan. Auray & Quiberon (Morbihan) 4Paysages et monuments de la Bretagne, 67 p., ill., photogr.- May et Motteroz, 1892 [lire en ligne]

Le moulin de Kergonan avec le hameau de Sainte-Barbe au second plan (photo 1892)
Moulin de Kergonan

Pendant l’épisode du débarquement des émigrés, en 1795, le moulin de Kergonan a été le lieu d’une escarmouche entre les chouans et les armées républicaines5Relation du désastre de Quiberon, en 1795, M. Chasle de La Touche [lire en ligne].

Les habitans de Plouharnel fuyaient aussi par le gué de Saint-Guenel et par la chaussée du moulin du Bégo. Il y avait encombrement sur tous les passages, c’était à qui devancerait la dernière colonne; mais pour leur donner le temps de s’écouler, le bataillon d’Auray, avec son commandant, M. Glain, s’était placé au moulin à vent de Kergonan, en avant des positions que l’armée venait de quitter, entre Sainte-Barbe et Plouharnel. Il occupait le moulin et s’abritait de quelques murailles de clôture. Là ces braves gens arrêtèrent la colonne républicaine pendant plus de deux heures, sauvant ainsi la vie à un grand nombre de leurs compatriotes.

Relation du désastre de Quiberon, en 1795, M. Chasle de La Touche

Ces deux premiers moulins (vieux moulin et moulin de Kergonan) apparaissent clairement sur cette vieille carte du service hydrographique du roi, qui date de 1785

Carte hydrographique de 1785 – gros plan

3. Le moulin Pero

Selon le livre de Xavier Dubois6Histoire de Plouharnel, des origines à 1946, Xavier Dubois, éditions du Menhio, 2019, le moulin Pero a été mentionné en 1536 et 1679. Les deux seules traces qu’il a laissées sont le nom d’un champs « Tar er Velin » (le tertre du moulin), le nom de la rue du oulin Pero, et, au bout de cette rue, la forme inhabituelle d’une parcelle cadastrale de forme circulaire.

Une inhabituelle limite de propriété circulaire sur le cadastre

4. Le moulin de Glevenay

Celui-ci est le seul moulin à vent de Plouharnel encore debout. Il a été construit en 1835 et a cessé son activité en 1915. Démantelé en 1921, il sera abandonné pendant 60 ans, jusqu’en 1978, où il a été acquis, rénové, et transformé en maison d’habitation.7Histoire de Plouharnel, des origines à 1946, Xavier Dubois, éditions du Menhir, 2019

5. Le Moulin de Kerfourchelle

Un autre moulin apparaît en arrière-plan de cette photo des dolmens de Rondossec. Un petit déplacement sur place me permet de le situer sur la carte. Il s’agit du moulin de Kerfourchelle, qui a aussi laissé sa trace dans la toponymie : une petite « rue er Velin / rue du moulin » est toute proche de « l’impasse Men milen / Impasse de la pierre du moulin ? ».

Le moulin de Kerfourchelle a aussi été photographié depuis la route de Sainte-Barbe. On y voit le passage à niveau du Vieux Pont et sa maison de garde barrière qui existe toujours.

Moulin de Kerfourchelle, vu de la route de Sainte-Barbe

Son emplacement est encore visible sur une photo aerienne prise en 1950.

Emplacement circulaire du moulin de Kerfourchelle , visible sur une photo aérienne de 19

Le moulin de Kerfourchelle a été construit en 1857 et cessera son activité dès 1888. Il est loué en 1906 à une famille britannique ; la femme y reste au début de la guerre ce qui donne le surnom du moulin : « Moulin de l’Anglaise ». Le moulin a été utilisé par les Allemands, puis par les FFI, comme poste d’observation. Les Allemands le dynamiteront au début de l’année 1945 lors des combats de la poche de Lorient 8Histoire de Plouharnel, des origines à 1946, Xavier Dubois, éditions du Menhir, 2019.

6. Le moulin de Saint-Guenaël

Un dernière carte postale me donne du fil à retordre : elle est légendée  » Plouharnel – Le Moulin d’où l’on aperçoit la presqu’ile de Quiberon ». La légende n’indique pas son nom, et il me faut essayer d’identifier les bâtiment qu’on voit en arrière-plan.

Plouharnel – Le Moulin d’où l’on aperçoit la presqu’ile de Quiberon (Moulin de Saint-Guenaël)

Je finis par reconnaître le bâtiment le plus ancien de l’école publique de l’océan, vu du sud, puis un groupe de maisons anciennes qui sont sur le long de la rue du pont-neuf. Cela me permet de reconstituer l’angle de prise de vue. Une recherche sur la photo aérienne de 1950 me fait découvrir l’emplacement de ce moulin.

Photo aérienne de 1950, avec l’angle de la prise de vue
Les éléments d’identification dans la photo d’origi,e

Quand à son nom, je trouve finalement une carte de 1880 où figure ce moulin, ce qui confirme ma localisation : il ‘agit d’un moulin nommé « moulin de Saint-Guenaël ».

Le moulin de Saint-Guenaël sur la carte de 1880

7. Le moulin du Pont-Neuf

Il reste un dernier mystère : l’article du Telegramme qui avait initié cette petite enquête mentionne le moulin du Pont-Neuf :  » Plus petit moulin de la commune, il a été construit en 1865. Il est abandonné en 1914, puis habité en 1924 et de nouveau abandonné en 1935″ 9Plouharnel. Sur les traces des moulins disparus, 07 août 2014 [lire en ligne]. S’agit-il d’un autre nom pour le moulin de Saint Guenaël — tout proche — , ou bien s’agit-il d’un d’un 7ème moulin? Enquête à poursuivre…

En guise de conclusion

Carte reconstituée des moulins de Plouharnel