Il avait dix ans… et il aurait voulu devenir inventeur

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Ce petit texte a été publié dans les années 1990 dans la revue T.E.E (Trans Ecole Express) de Telecom Paris. Je l’avais republié sur internet le 14 décembre 1994, dans un site de pages perso site de pages perso aujourd’hui disparu.

Image Retronews – Le Petit Inventeur, 1 janvier 1929

Il avait dix ans et il aurait voulu devenir inventeur. En réalité, il savait que les inventeurs ne faisaient plus partie du monde moderne. Il avait déjà rangé Léonard de Vinci (inventeur de prodigieuses machines volantes), Thomas Edison (inventeur de la lampe à incandescence), Nicéphore Niepce (inventeur de la photographie) et tant d’autres au sein de son panthéon personnel, entre Jules Vernes et K2000. Il avait dix ans et il voulait donc devenir ingénieur pour construire des robots qui feraient des tas de choses à notre place. Il avait même commencé à faire des plans pour un robot idéal. Il faudrait d’abord un ordinateur très intelligent pour aider les enfants à faire leur devoirs, mais très petit pour pouvoir être mis dans la tête du robot. Et puis il faudrait pouvoir le programmer pour faire ce qu’on veut. Il devrait être capable de voir, pour pouvoir se promener partout. Et aussi, il faudrait qu’on puisse lui parler et qu’il comprenne tout ce qu’on lui dit ou encore mieux, qu’on puisse le télécommander par radio. Et comme il sentait confusément qu’un ordinateur assez petit pour loger dans la tête de son robot ne pouvait contenir tout le savoir du monde, il imaginait une multitude de robots et d’ordinateurs reliés entre eux, tous occupé à rendre la vie plus agréable à leurs inventeurs.

Bien plus tard, il était sur le point de devenir ingénieur. Il avait réussi le concours d’entrée à Thélécome Paris1. En électronique, on lui avait appris comment un million de transistors pouvaient être logés dans une puce de silicium pas plus grosse que l’ongle d’un doigt. En informatique, il avait appris à créer des programmes complexes pouvant traiter une multitude de problèmes. Il avait appris qu’un ordinateur pouvait, à l’aide des techniques de traitement du signal et d’image, comprendre partiellement de la parole ou des images. Il avait appris de la théorie des communications la manière de transmettre de l’information efficacement, par radio ou sur un fil téléphonique. Il avait appris que l’on pouvait définir un protocole permettant de faire coopérer des ordinateurs sur un réseau. Il savait tout cela et bien d’autres choses encore. Il connaissait Shannon (pour sa théorie de l’information), Shockley (l’inventeur du transistor) et Von Neuman (un des pères de l’informatique).

Il était presque devenu ingénieur, mais il n’avait plus envie de construire un robot…

1 une référence absconse à l’abbaye de Thélème de François Rabelais, et dont la devise était « Fay ce que vouldras »)

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